Alone in the Dark : le grand retour d’une licence légendaire du survival-horror

, par Quentin

Alone in the Dark : le grand retour d’une licence légendaire du survival-horror

C'est aujourd'hui, le 20 mars 2024, qu’Alone in the Dark fait son grand retour après des années de silence et, pour ce nouveau jeu, de nombreux reports. En effet, cet opus signé par THQ Nordic nous a fait patienter pendant de longs mois avant de pointer officiellement le bout de son nez. Mais nous avons pensé que c'était aussi l'occasion idéale pour nous pencher sur cette saga absolument mythique du jeu vidéo.

L’an 1992 : Frédérick Raynal et Infogrames vont, sans le savoir, marquer l’industrie

Les années 90 voient le jeu vidéo évoluer à toute vitesse, notamment grâce à une nouveauté majeure : l’arrivée de la 3D. Cette nouvelle technologie va fasciner les développeurs.

Il s’agit d’un nouveau monde alors inexploré et nécessitant un apprentissage supplémentaire pour être maîtrisé avec brio. Une équipe va être convaincue à 100 % par l’intérêt de la 3D, celle d’Infogrames et l’un de ses programmeurs, Frédérick Raynal. Ce dernier va donc partir à l’aventure en travaillant sur un moteur de jeu capable de prouesses techniques, en particulier sur les effets d’ombre et de lumière ainsi que sur le déplacement du personnage en trois dimensions.

Il va ainsi emmener avec lui le graphiste Didier Chanfray et le compositeur Philippe Vachey. Cette fine équipe va se lancer dans un jeu puisant ses inspirations dans l’univers de Lovecraft, mais aussi celui de l’auteur Edgar Allan Poe.

Nous voilà en 1992 et Alone in the Dark arrive dans les bacs. C’est un véritable succès du côté de la réception des joueurs et de la critique. Nous embarquons dans un survival-horror saisissant pour son époque qui inspirera même les plus grands, mais ça, nous en reparlerons un peu plus tard.

Vous aviez le choix d’incarner Edward Carnby ou bien Emily Hartwood, deux personnages venus enquêter sur un fameux manoir prétendument hanté par une puissance maléfique. Une fois sur place, vous vous retrouvez enfermé et n’aurez plus pour objectif que de survivre et de quitter les lieux.

Resident Evil : quand une série culte s’inspire des Français de chez Infogrames

Certains ne s'y attendaient peut-être pas, mais oui, Resident Evil a bel et bien pris comme inspiration l'œuvre culte des Français d'Infogrames. Pendant de longues années, Capcom n'assumait pas ce fait, disant tantôt ne pas la connaître et, d'autre part, ne pas s'en être du tout inspiré.

Mais il y en a un qui n'a pas manqué de souligner les rapprochements entre les deux jeux… C'est bien évidemment Frédérick Raynal ! Ce dernier déclarera d'ailleurs ceci à la presse :

« J'étais déjà parti d'Infogrames, je travaillais sur mon jeu Little Big Adventure quand Resident Evil est sorti. Je me suis dit "wow, c'est vraiment la même chose que Alone in the Dark !" Dans mon jeu, un poulet zombie surgit à un moment par la fenêtre ; là, c'était un chien zombie ; on retrouvait l'énigme où il fallait pousser une horloge pour trouver un objet caché derrière ; même les angles de caméra étaient similaires… »

Pourtant, pendant de nombreuses années, Shinji Mikami disait n'avoir jamais vu d'images du jeu, ce qui pouvait exaspérer le créateur français. Mais les preuves ne manquaient pas puisque le jeu avait été montré avant même qu'il ne soit terminé à Capcom et même à Nintendo et Sega. Ces derniers avaient exprimé leur intérêt pour celui-ci et leur envie de l'éditer sur le sol japonais.

Il faudra attendre 18 ans pour que Shinji Mikami passe aux aveux et dévoile ceci en parlant de ses nombreuses galères du côté technique pour le développement du premier opus de Resident Evil:

« C'est alors que j'ai joué à Alone in the Dark, qui se composait de décors fixes. C'était très intéressant, car il y avait une expressivité plus importante. L'étape suivante a consisté à adapter Resident Evil à ce modèle. »

Mieux vaut tard que jamais, vous nous direz !

Infogrames et Frédérick Raynal, le point de non retour

Une si belle réussite laisse aisément entrevoir une suite, qui verra le jour une année plus tard, en 1993. Malheureusement, elle se fera sans son papa, Frédérick Raynal. Voilà qu’Infogrames et lui se brouillent, poussant le créateur à quitter l’entreprise.

De nombreuses suspicions autour de son départ vont être établies, notamment sur une question de rémunération, ce dernier étant très peu payé pour le travail qu’il fournissait et le jeu qu’il venait de créer pour la société. Mais ce départ ne dissuadera absolument pas Infogrames d’en faire un nouvel opus. Alone in the Dark 2 sort donc dans ces conditions.

C’est une nouvelle fois une réussite. Il faut dire que l’univers est déjà posé et la technologie embarquée est, elle aussi, prête. De plus, il est créé par de nombreuses personnalités talentueuses comme Jean-Marie Nazaret, Frédérique Nantermet, Jean-Christophe Blanc et Sylvie Silvy. Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais il s’avère que ce sont ces personnes qui créeront par la suite le studio Étranges Libellules, derrière des jeux tels que Astérix et Obélix XXL ou bien La Légende de Spyro : Naissance d'un dragon.

Infogrames se trouve désormais dans l’optique d’en faire une trilogie. C’est chose faite avec l’arrivée en 1994 d’Alone in the Dark 3. Même si les innovations ne sont plus au rendez-vous, l’ambiance est toujours convaincante et l'éditeur livre un titre aussi honnête que plaisant à jouer. Certes, l’ère de la révolution technique et artistique n’est plus, mais l’entreprise s’en sort avec les honneurs.

Alone in the Dark : The New Nightmare, quand la licence revient après quelques années dans l'ombre

Après cette fameuse trilogie parue en seulement trois ans, Alone in the Dark s'essouffle. Un rythme aussi effréné ne permettant pas d'innover et à la licence de se réinventer. Infogrames décide donc de la mettre de côté quelques années, le temps de lui permettre de respirer.

Alone in the Dark revient finalement sur le devant de la scène. Cette fois-ci, c'est le studio Darkworks qui est aux commandes et Infogrames ne se contente plus que de l'éditer. Les nouvelles équipes ont quasiment carte blanche sur le projet et vont donc pouvoir remanier la saga comme bon leur semble.

Là où les premiers épisodes se déroulaient dans les années 1920, celui-ci prend place en 2001, soit la même année que sa sortie en Europe. Dans ce Alone in the Dark : The New Nightmare, nous retrouvions Edward Carnby et découvrions une certaine Aline Cedrac. Là encore, vous pouviez choisir entre les deux personnages.

Vous atterrissiez sur une île mystérieuse du nom de Shadow Island avec, en son cœur, un manoir terrifiant. Les deux personnages évoluaient en parallèle sur différentes parties de l’île. Vous aviez donc deux aventures en une. Une approche plutôt bien maniée à l’époque. Vous deviez encore mener l’enquête sur ce nouveau lieu horrifique avec une fois de plus un univers pesant et effrayant, comme c'était le cas dans les premiers opus. Ce retour sera plutôt réussi si l'on en croit la réception des joueurs et de la critique.

Malheureusement, ce n’est pas ce quatrième épisode qui va permettre à la série de renaître et de retrouver son aura d'antan. Il faudra finalement attendre 2008, soit sept années de plus, pour la voir revenir.

2008 - 2015 : La longue plongée en enfer pour la saga

Jusqu’à présent, la qualité intrinsèque des Alone in the Dark était palpable manette en main. Mais c’est en 2008 que les joueurs du monde entier vont déchanter en découvrant un tout nouvel opus.

Désormais développé par Eden Studios et édité par Atari Inc, ce jeu nommé sobrement Alone in the Dark s’avérera être une immense déception. Nous avions là un titre au scénario vide de sens, à la durée de vie courte et aux graphismes peu inspirants. La magie n’opère plus, même en retrouvant notre célèbre héros, Edward Carnby.

Alone in the Dark obtiendra donc des notes relativement moyennes et une réception aussi mitigée du côté des fans. Cela se ressentira aussi sur les ventes du jeu qui peineront à décoller.

Suite à cela, une autre création verra le jour en 2015 : Alone in the Dark: Illumination. Encore aujourd’hui, nous cherchons où se trouve cette fameuse « illumination ». Le titre est un bide démentiel, édité et développé par Atari.

Le jeu n’a même pas été testé par les grands sites spécialisés, et certains joueurs n’avaient pas eu connaissance de son existence, ce qui illustre le manque de communication à son sujet. Sans surprise, c’est un épisode extrêmement mauvais en tous points, qui l'enfonce encore plus dans l’oubli.

2024 : une renaissance en demi-teinte

Alors que le grand retour d’Alone in the Dark a lieu en ce 20 mars 2024 après de longues années d’errance, ce nouvel épisode s’avère plutôt mitigé. THQ Nordic n’a pas su révéler tout le potentiel de l’univers, et c’est d’autant plus triste d’apprendre que Frédérick Raynal avait discuté avec le studio pour apporter de la légitimité à ce projet. Hélas, le titre ne fait pas resplendir les qualités de la franchise originelle.

Malheureusement, tel qu'il est actuellement, il n'est qu'un jeu aux mécaniques désuètes, avec un gameplay et une maniabilité d’antan. Nous espérons qu’un jour, Alone in the Dark finira par retrouver sa splendeur passée, celle qu’il mérite.

Source : lemonde.fr

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