Postal : quand un jeu fait du subversif son fer de lance

, par Quentin

Postal : quand un jeu fait du subversif son fer de lance

Aujourd’hui, nous allons revenir sur une licence ainsi qu’un studio de développement qui ont misé sur la provocation. Pour les développeurs, s’attirer les foudres de la presse ainsi que de nombreux pays est devenu un jeu au fil du temps. En effet, retraçons ensemble l’histoire de Running With Scissors, l’entreprise derrière la série Postal.

Courir avec des ciseaux

Jamais un studio n’a aussi bien porté son nom. Eux qui courent continuellement vers la prochaine polémique en puisant dans un mauvais goût absolu pour ses créations. Alors que l'entreprise voit le jour en 1985 en Arizona, plus précisément à Tucson, Mike Riedel et Vince Desiderio la nomment dans un premier temps : Riedel Software Productions. Un nom beaucoup plus commun et peu impactant.

Sous cette dénomination, ils ont sorti quelques jeux, notamment des titres pour enfants comme Tom & Jerry et Bobby’s World sur la Super Nintendo. Mais, comme vous l'avez sans doute compris, ce ne sont pas vraiment ces créations qui motivent les troupes du studio.

Les créateurs changent donc diamétralement de cap pour devenir Running With Scissors et annoncent par la même occasion le développement de Postal. Nous sommes alors en 1997...

Un premier opus qui se fait déjà vilipender

Vous allez très rapidement cerner qu’au sein de la firme, la provocation s'élève au rang de philosophie de vie. Après tout, ils se vantent eux-mêmes de « publier des jeux scandaleux juste pour le plaisir » et d’avoir des œuvres qui comportent « une quantité merveilleusement excessive de violence ».

Ils n’auront de cesse durant leur carrière de jouer avec les limites et de les franchir généralement assez facilement. En outre, ils se forgent une image sulfureuse et deviennent alors des marginaux, dans un courant de contre-culture.

Au-delà de ça, le premier Postal débarque en 1997 et même s'il n'est pas véritablement un succès critique ou même commercial tonitruant, il trouve tout de même son public. Cela permet à cette petite équipe indépendante de produire d'autres jeux… Ou plutôt, d'autres Postal.

Il faut dire qu'il est grandement aidé par les polémiques. Joe Lieberman, alors sénateur aux États-Unis, s’exprimera publiquement pour dire la chose suivante :

« Les trois pires choses dans la société américaine sont Marilyn Manson, les publicités de Calvin Klein Underwear et le jeu vidéo Postal. »

Suite à cela, ce sont 14 pays qui vont interdire au titre d’être commercialisé sur leur sol et il sera même placé sur liste noire en Amérique. La machine à scandale est bel et bien lancée.

Aujourd’hui, il est vrai que ce premier jeu a du mal à choquer étant donné que Postal évolue dans un décor en 2D et en vue du dessus. Il s’agit avant tout d’un jeu ayant plus de 25 ans ! Cependant, pour l’époque, surtout dans une société puritaine, la démonstration excessive de la violence et de l’hémoglobine faisait rapidement parler. De plus, les personnages y tenaient un langage plutôt fleuri.

C’était aussi le fait qu’on y juge la violence comme étant totalement gratuite. Vous incarniez un homme au long manteau noir avec des lunettes de soleil qui arrive sur une carte sans véritablement trop de contexte et dont le seul but est de générer des meurtres de masse.

C’est donc sous cette posture pour le moins discutable que la licence prend racine.

Postal 2 : bien… Si nous allions encore plus loin ?

Nous sommes alors en 2001. Postal aurait pu être stoppé suite au massacre de Columbine qui a secoué les États-Unis en 1999, lorsque deux élèves ont pénétré dans leur école secondaire pour commettre une tuerie atroce, prenant la vie de 15 personnes. Si nous vous en parlons, c’est parce que la musique, mais aussi le jeu vidéo ont été des victimes collatérales de ce sombre fait divers. Le monde politique dénonçait certains artistes et œuvres culturelles comme étant responsables de cette horreur.

C’est donc deux années après cela que Postal 2 voit le jour. Avec des développeurs déclarant y mener une « expérience sociologique », laissant d’après eux la violence à la discrétion de chacun, étant donné qu’aucune mission ne nécessite de tuer.

Cette fois-ci, nous avons droit à un jeu totalement en 3D, rehaussant l’immersion. Mais il ne s'arrête pas uniquement sur la partie technique. C’est aussi tout un gameplay qui est intégré en son sein, permettant d’user d'imagination pour commettre les nombreux crimes.

Et cette fois-ci, tout y est pour créer l’œuvre au mauvais goût ultime : utiliser un chat comme silencieux pour votre arme en l’insérant dans son arrière-train, pouvoir uriner sur tout et tout le monde, démembrer toutes les personnes autour de vous, décapiter des animaux ou bien encore brûler femmes et enfants.

Postal 2 ne lésine sur absolument rien en matière de violence et d’outrance, donnant l'illusion au sein du studio que les retombées n’existent pas et que la justice ne les effraie pas.

Non contents de miser sur la sauvagerie, ils seront aussi accusés d’entretenir des stéréotypes racistes et homophobes. Le jeu sera donc interdit dans de nombreux pays à nouveau, dont la Nouvelle-Zélande.

Une fois encore, ce n’est pas un succès critique. La presse le juge sévèrement à cause de son aspect graphique en retard, de sa durée de vie trop faible et d'un scénario inexistant. Les joueurs, eux, notamment la communauté d'internet, vont voir en la création de Running With Scissors un vrai bijou de liberté.

Malheureusement, de notre côté, nous jugeons que l’aspect gratuit et sans aucune revendication ni message rend le jeu borderline pour le simple plaisir de l’être. Nous sommes loin de l’écriture satirique d'un univers comme South Park, qui lui aussi se permet ce genre d’outrances, mais toujours avec un contexte rendant la violence et les mots beaucoup plus intelligibles.

Postal… 3 ? Et pourquoi pas !

Il faut reconnaître une certaine pugnacité du côté des développeurs. Cette licence, ils comptent bien l’entretenir et l’exploiter jusqu’au bout, quitte à ne faire que ça ! Car oui, vous pensiez que d’autres titres étaient développés en amont ? Et bien pas du tout ! Running With Scissors n’a fait que du Postal depuis le premier opus, sortant diverses extensions en plus des jeux originaux.

Place au troisième épisode qui est accompagné par la sortie d’un film réalisé par Uwe Boll. Selon les développeurs, le long-métrage « devait sortir dans plus de 1000 salles, mais finit par être projeté dans 11 salles parce que le réalisateur est un idiot. » Voilà qui donne le ton.

Postal 3 n’invente ni ne réinvente strictement rien, laissant ainsi aux joueurs et à la presse un épisode plus que décevant, puisqu’il recevra une moyenne Metacritic de 24/100. Les amoureux de la saga préféreront l’oublier, tout comme les créateurs, qui déclarent sobrement sur leur site que « les fans de Postal sont déçus et confus quant à ce qu'il s’est passé. » C’est peu de le dire.

Vous n’allez tout de même pas tenter de faire Postal 4 ? Hein, quoi ? Pourquoi vous riez ?

On l’a pourtant dit et redit, les blagues les plus courtes sont les meilleures… Pourtant, en 2019 sort Postal 4 No Regerts (oui oui, il n’y a pas de faute de frappe de la part de votre rédacteur). Il sort cependant en accès anticipé dans un état déplorable. D’ailleurs, sachez qu’il est encore et toujours en accès anticipé en 2024.

Il faut dire que la sauce d’un jeu bac à sable volontairement outrancier ne prend plus si bien. Nous assistons très certainement à l’épuisement total de la licence qui a toutefois tenu plus de 25 ans, ce qui reste louable.

Nous vous avons mis en garde sur la teneur de ces jeux pour que vous sachiez dans quoi vous vous aventurez, mais nous vous invitons tout de même à les tester si le cœur vous en dit. Ne serait-ce que par curiosité et aussi pour vous frotter un jeu qui a marqué, à sa manière, l’industrie vidéoludique.

Et pour ceux qui ont déjà eu l’occasion de mettre la main dessus, quelle est votre expérience avec Postal ? N’hésitez pas à nous le dire en commentaire.