Skull and Bones : quand l'une des Arlésiennes d'Ubisoft pointe le bout de son nez après sept années de remous
, par Quentin
Alors que nous n'y croyions presque plus, Skull and Bones semble enfin pointer le bout de son nez et va paraître en bonne et due forme le 16 février 2024. Celui-ci aura mis près de sept années à sortir sur PlayStation 5, Xbox Series X|S ainsi que sur PC. Une libération pour les équipes d'Ubisoft, mais aussi l'impression de livrer le jeu auprès d'un public essoufflé, fatigué des très nombreux reports dont il a fait l'objet. C'est pourquoi il nous paraissait intéressant de revenir sur cette licence qui aura pris son temps pour apparaître sur nos machines.
2017, une annonce trop en avance ?
Nous sommes à l’E3 2017, sous le soleil estival de Los Angeles lorsque l’annonce de Skull and Bones retentit. Nous ne le savions pas encore, mais deux arlésiennes allaient être présentées au sein de la même conférence d’Ubisoft. Beyond Good & Evil 2, qui fête son grand retour sur le devant de la scène, et Skull and Bones, pour lequel nous n’imaginions absolument pas, à ce moment-là, un tel destin.
Les équipes d’Ubisoft Singapour y dévoilent une première bande-annonce en images de synthèse dans laquelle nous découvrons des batailles navales épiques se déroulant en l’an 1721. Justin Farren, directeur créatif du jeu, y explique que nous avons affaire à un jeu tactique jouable aussi bien en solo qu’en équipe, où le joueur a pour objectif de devenir un pirate légendaire. La promesse d’affrontements navals en 5v5 sur l’océan Indien, le tout avec de la stratégie et du dynamisme, séduit les joueurs du monde entier. L’annonce est d’autant plus alléchante que le titre était censé arriver une année plus tard, à l'automne 2018, à l’époque sur PlayStation 4, Xbox One et PC.
Un jeu qui vient puiser son inspiration dans Assassin’s Creed IV : Black Flag
Comment ne pas être séduit quand Ubisoft assume pleinement de puiser ses idées dans Assassin’s Creed IV : Black Flag. Un opus qui a énormément plu aux fans de la licence pour sa prise de risque et son innovation dans une franchise établie depuis des années. L’une des fonctionnalités de ce fameux Assassin’s Creed résidait dans la navigation en bateau ainsi que dans des batailles navales rythmées où vous pouviez partir à l’abordage des flottes ennemies.
Cette nouveauté faisait presque figure d’un jeu dans le jeu. C’est donc tout naturellement qu’Ubisoft a pris la décision d’en extraire ce gameplay pour l’implémenter dans une toute nouvelle licence, en dehors d'Assassin’s Creed, qui porterait sur l’univers de la piraterie. Ainsi naquit Skull and Bones en interne.
D’ailleurs, Justin Farren expliquera très rapidement pourquoi il a voulu dissocier** Skull and Bones** d’Assassin’s Creed au cours d’une interview :
« (…) lorsque nous étions à la fin du projet, l'équipe qui travaillait dessus était vraiment dans une optique expérimentale et essayait de nouvelles choses ; l'une de ces choses était de jouer à deux avec les batailles navales de Black Flag. Et c'était magique. Il y avait quelque chose de vraiment cool dans le fait de naviguer et de voir votre ami, un ennemi au loin. Nous nous sommes dit : "cela pourrait être un bon jeu en soi.
Cela a donc été l'élément déclencheur pour explorer cet aspect. Au sujet d'Assassin's Creed, c'est une fiction à propos d'un assassin qui se fond dans la foule, et ce n'est pas le jeu que nous voulions créer. Nous souhaitions tirer parti de ces énormes vaisseaux. Vous remarquerez ce que l'on appelle le "ship porn", le soin du détail pour donner vie au bateau et en faire un personnage en soi ; c'est ça que nous voulions faire. »
2018, après des mois de discrétion, Skull and Bones est repoussé pour la première fois
Alors qu’Ubisoft vient présenter ses résultats de l’année 2017-2018, l’entreprise prend la parole au sujet de Skull and Bones en déclarant ceci : « En ligne avec sa pratique précédente, et profitant de l’accélération de la transformation digitale, de la progression du back-catalogue et de l’excellente dynamique de ses récents lancements, la société a décidé de donner plus de temps ».
Il est alors repoussé à l’exercice fiscal de 2019-2020, sans plus de précisions. Après les grands espoirs placés en cette nouvelle licence, les premières inquiétudes commencent à émerger du côté du public.
Mais c’est sans compter sur l’arrivée de l’E3 2018 et une nouvelle présentation pour Skull and Bones. Cette fois-ci, Ubisoft se veut rassurant en dévoilant des images de gameplay du titre, tentant alors de démontrer que le projet était bel et bien à un stade avancé de son développement. L’éditeur profite par la même occasion pour y glisser une fenêtre de sortie, fixée dans le courant de l’année 2019.
Cependant, si vous pensiez y voir le bout du tunnel, vous étiez bien loin du compte, puisque ce n’était alors que le début des festivités.
2019 et après… Des reports à n’en plus pouvoir
Nous n’allons pas vous lister tous les reports de manière distincte, simplement parce que Skull and Bones en compte six à son compteur. Il n’a eu de cesse d'y avoir recours au fil des mois.
Rien qu’en 2020, un journaliste de chez Kotaku avait enquêté sur le développement du jeu puis livré ses informations au public. D’après lui, le jeu allait encore prendre du temps avant sa parution, en raison de nombreux reboots opérés par les équipes au sein du studio ainsi que du départ de son directeur créatif à la fin de l’année 2018. Finalement, il s’avère que cet enquêteur n’avait pas tort sur le sombre avenir de Skull and Bones, vu qu’il mettra bel et bien des années à voir le jour officiellement.
Ce développement chaotique et ces reboots incessants auront raison du poste de Hugues Ricour, jusqu'alors directeur d'Ubisoft Singapour, qui se retrouvera démis de ses fonctions. Il restera toutefois employé au sein de l’entreprise, mais n'occupera plus ce poste à responsabilité.
Pour contrer l’anxiété des joueurs, la société balancera une simple phrase pour tenter de faire illusion en déclarant que le développement de Skull and Bones bat son plein, avec une nouvelle vision.
Mais cela ne prendra pas très longtemps, car seulement une année plus tard, en 2021, nous apprendrons qu’Ubisoft Singapour est visé par une enquête de la TAFEP (Alliance Tripartite pour des Pratiques d'Emploi Justes et Progressives). Celle-ci va alors enquêter sur des cas de harcèlement et de discrimination au sein du studio. Là où un projet semblait s'enliser, c’est tout le studio qui est impacté par une mauvaise gestion et des comportements toxiques au travail.
La fin du calvaire pour Skull and Bones ?
Comme nous vous l’avions précisé plus haut, Skull and Bones arrive enfin après six reports et des années de tourment en interne. C’est donc le 16 février 2024 que la nouvelle licence d’Ubisoft s’épanouira sur les consoles de nouvelle génération, ainsi que sur PC.
En effet, au fil du temps, le jeu, initialement prévu pour Xbox One, PlayStation 4 et PC, voit tout bonnement ses versions pour ces plateformes annulées au profit des machines plus récentes. Un choix judicieux pour éviter, en plus de sa réputation compliquée, un véritable tollé causé par un manque de finitions techniques.
Nous notons tout de même que l’issue est positive et que le jeu aura survécu à ces nombreux remous sans être inquiété par une annulation. Nous espérons un même dénouement positif pour l’autre arlésienne de l’entreprise, Beyond Good & Evil 2.