Prince of Persia : comment la licence s'est murée dans le silence pendant des années
, par Quentin
Au travers de cette chronique, nous allons revenir sur l'histoire passionnante de Prince of Persia. Tenter d'y retracer les moments forts, mais aussi de comprendre sa chute et son renouveau. Le moment y est tout à fait propice, étant donné que Prince of Persia : The Lost Crown marque le grand retour de la licence grâce aux talentueuses équipes d'Ubisoft Montpellier.
Ses origines et son histoire
Nous sommes en 1989 et à ce moment-là, Jordan Mechner, de chez Brøderbund Software, ne le sait pas encore, mais il s'apprête à sortir ce qui va rapidement devenir un classique du jeu vidéo. Effectivement, c’est bien en cette année que va paraître Prince of Persia sur Apple II, puis l'année suivante sur Amiga, Amstrad CPC, Atari ST, DOS et bien d'autres supports encore au fil du temps.
Nous parcourons des niveaux en 2D où s'enchaînent les phases de combat, les esquives de pièges en tous genres et le jeu de plateforme. Les animations sont extrêmement réalistes pour l'époque et l'ambiance y est terriblement marquante. C'est tout naturellement qu'une suite voit le jour en 1993 avec Prince of Persia 2: The Shadow and the Flame et que la licence deviendra un incontournable.
Cependant, comme beaucoup, vous avez très certainement découvert cet univers via les jeux d'Ubisoft, entre 2003 et 2005, via une nouvelle trilogie. Que ce soit avec Prince of Persia : Les Sables du Temps, Prince of Persia : L'Âme du Guerrier ou bien Prince of Persia : Les Deux Royaumes. Ubisoft a offert à cette œuvre culte du gaming un véritable second souffle, y mettant les moyens nécessaires et offrant aux joueurs des jeux on ne peut plus qualitatifs. La direction artistique et la technique y sont soignées, et que dire de son gameplay qui aura su marquer les esprits.
Jusqu'à présent, tout va pour le mieux pour notre prince de Perse. Puis viendra 2008, où un renouveau va avoir lieu. Partant sur un reboot, le nouvel épisode voyant le jour s'appellera sobrement Prince of Persia. Cette fois-ci, nous changeons radicalement d'esthétique avec pour choix celui du cel-shading. Mais ce n'est pas le seul changement opéré. Non, les équipes ont aussi voulu offrir une vision différente au sein même du système de jeu avec l'absence de mort. En effet, il est impossible de périr dans ce nouvel opus ; à chaque erreur de votre part, votre personnage est miraculeusement sauvé par votre partenaire, Elika. Sans doute l'épisode de la cassure pour beaucoup d'adeptes, il en demeurera un titre plutôt bien accueilli par la presse spécialisée et le public au global passera à la caisse avec plus de 2,5 millions d'exemplaires vendus.
Deux ans plus tard, en 2010, c'est au tour de Prince of Persia : Les Sables Oubliés de sortir. À ce moment précis, nous ne savions pas encore que ça allait être la dernière fois que nous verrions la licence, et ce, avant un bon moment.
L'épisode se veut honnête dans ce qu'il propose, s'appuyant sur des acquis solides, il ne s'entête pas à innover, mais propose plutôt un recyclage maîtrisé. Prince of Persia : Les Sables Oubliés sera donc un jeu bien reçu par la critique, mais qui ne rencontrera pas un succès commercial tonitruant.
C'est avec ce titre que les fans resteront orphelins de leur univers de cœur et malheureusement, ce silence va perdurer un long moment. Au profit de quoi ? Et pourquoi ? Nous allons tenter d'y répondre.
L'arrivée d'Assassin's Creed et un prince ringardisé
Certes, le titre choisi peut prêter à rire un bon coup. Mais aussi caricatural soit-il, il n'est pour autant pas aussi éloigné de la réalité. Effectivement, en parallèle des sorties de Prince of Persia, une autre saga va naître... Vous la connaissez sans l'ombre d'un doute, puisqu'il s'agit là d'Assassin's Creed.
Cette nouvelle création d'Ubisoft va, sans le vouloir, ringardiser notre vieux prince. Reprenant les célèbres possibilités de parkour déjà présentes chez Prince of Persia, celles d'Assassin's Creed seront beaucoup plus fluides et poussées. De plus, nous déambulerons dans un monde ouvert, offrant donc inexorablement plus de liberté aux joueurs.
Et surtout, la promesse est alléchante avec cette toute nouvelle licence. Nous ne nous cantonnerons pas qu'à un seul pays, une seule ambiance, non. Grâce à celle-ci, vous allez pouvoir voyager dans différentes ères et pays. Un souffle nouveau qui touchera en plein cœur les passionnés du 10ᵉ art.
Ubisoft a alors le sentiment d'avoir dit tout ce qu'il avait à dire au sujet de Prince of Persia. La licence se termine en plus de cela sur une note positive avec des jeux, certes, loin d'être transcendants mais tout à fait honnêtes. Il est peut-être temps de lui offrir un peu de repos !
Malheureusement, ce besoin de faire respirer la série fera passer un épisode alors en développement à la trappe. Et oui, en 2011, Ubisoft abandonnera la création de Prince of Persia: Redemption.
Nous n'en savons que très peu à son sujet, mais une vidéo de gameplay du jeu s'est retrouvée sur internet quelque temps après. On y voit un jeu certes pas abouti, mais qui montre que le travail y était bien avancé. Plus rythmé, plus vif, avec un système de combat revisité, ce projet avorté avait pourtant l'air prometteur. Cependant, nous ne pourrons jamais le confirmer.
Prince of Persia et Assassin's Creed, des fondations pourtant communes
Il faut rendre à César ce qui est à César. Et si nous vous parlons de comment Assassin's Creed s'est retrouvé à effacer de la carte Prince of Persia pendant longtemps, nous sommes aussi obligés de vous rappeler qu'à la base, Assassin's Creed est un projet de spin-off de Prince of Persia.
Initialement développé en 2004, ce qui s'appellera en interne Prince of Persia: Assassin était un prototype dans lequel nous reconnaissions instantanément ce qui deviendra le premier opus d'Assassin's Creed avec notre cher Altaïr. Cependant, Ubisoft trouvera que cet épisode se focalise trop sur l'assassin et pas assez sur notre prince de Perse. Le projet ne restera donc qu'au stade de prototype et ce, pendant quelques années.
Mais si Assassin's Creed puise son origine dans Prince of Persia, ce n'est pas uniquement par ce biais. Certaines personnalités présentes sur le développement du premier opus, c'est-à-dire Jade Raymond, Patrice Désilets, Raphaël Lacoste, Maxime Béland ou bien David Châteauneuf, ont aussi pu travailler sur Prince of Persia.
Prince of Persia: Assassin possède lui aussi une vidéo de sa phase de développement sur internet. Si vous ne l'avez jamais vue, cela est tout bonnement intéressant à voir et à étudier.
Fun fact : il y a une anecdote plutôt sympathique à ressortir autour d'un repas. Saviez-vous que les Prince of Persia d'Ubisoft (mis à part celui de 2008) ainsi que la première version d'Assassin's Creed avaient pour noyau commun le Jade Engine ?
Et oui, ce moteur de jeu était créé par Michel Ancel et les équipes d'Ubisoft Montpellier pour Beyond Good & Evil. C'est d'ailleurs pour cela qu'il porte le nom de l’héroïne.
Prince of Persia, de retour sur le devant de la scène
C’est en 2020 qu’on aura l’occasion, à nouveau, d’entendre parler de la licence avec le remake de Prince of Persia: Les Sables du Temps. Annoncé lors de la conférence Ubisoft Forward, nous apprenons qu’il est pris en charge par les studios d’Ubisoft Pune et Mumbai. Les équipes indiennes officialisent alors une sortie quelques mois plus tard, en janvier 2021.
Mais c’est la douche froide pour les joueurs. Les graphismes paraissent datés, et la direction artistique choque les amoureux de la saga. Face à cette réception, Ubisoft n’a pas d’autre choix que de jouer la carte de la transparence et de le repousser. Une décision sage mais qui ne s’avérera pas suffisante, les équipes indiennes jusqu’à présent surtout spécialisées dans les jeux mobiles ne s’en sortent pas. Le projet est alors repris en main par Ubisoft Montréal dès 2022. Depuis, nous n’avons plus véritablement de nouvelles, nous savons que le développement est toujours en cours mais ne connaissons pas son avancement global. L’éditeur se veut rassurant, précisant que le titre est de retour dans son studio originel, fait par des équipes ayant baigné dans cet univers et le maîtrisant.
En amont, un autre Prince of Persia est aussi en cours de conception. Il s’agit là de Prince of Persia: The Lost Crown, fait par Ubisoft Montpellier. Via ce nouvel opus, les développeurs aspirent à revenir aux sources. S’offrant pour genre le metroidvania en 2.5D. Une résurrection qui a l’air payante quand on lit les premiers commentaires de la presse spécialisée et des joueurs ayant pu mettre la main sur la démo.
Nous espérons que ce long temps de recul sera salvateur pour la série. Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’Ubisoft prenne conscience des licences fortes dont il bénéficie et dont il ne fait plus grand-chose. Nous pensons bien entendu à Prince of Persia, mais aussi à Splinter Cell ou encore Rayman qui est revenu timidement via un DLC de Mario + The Lapins Crétins: Sparks of Hope.