Duke Nukem : Forever and... Never

, par Quentin

Duke Nukem : Forever and... Never

Duke Nukem Forever, s’il y a bien un jeu qui aura su marquer l’industrie vidéoludique pour des raisons assez tragiques, c’est bien lui. Ce héros, qui était une véritable légende du jeu vidéo durant les années 90, n’aura pas su traverser les générations. Du personnage fun et badass au beauf écervelé, il n’y avait qu’un pas. Malheureusement, ce dernier a été franchi en 2011 à la sortie de Duke Nukem Forever. Mais avant de parler de son développement qui aura duré 15 années, parlons de l’histoire de cette licence culte du FPS.

Un début en 2D pour notre héros

Tout débute en 1991. Apogee Software - qui deviendra par la suite, 3D Realms - lance comme projet un jeu vidéo en deux dimensions nous faisant incarner un héros irrévérencieux du nom de Duke Nukem ou plutôt Duke Nukum. En effet, lors du développement du premier épisode, les développeurs pensaient que le nom Duke Nukem était déposé et qu’ils ne pouvaient, de ce fait, pas l’exploiter. Ce qui n’avait pas l’air d’être le cas, car dès le second opus, il prendra le nom que nous connaissons tous. Ce premier jeu n’obtiendra qu’un succès d’estime. À ce moment-là, notre protagoniste n’est pas encore pourvu de son humour trash et décalé, ainsi que de son lot d’insultes légendaires. Il ne révolutionnera pas les jeux de plates-formes en 2D, mais sera tout de même assez qualitatif pour permettre aux équipes de s’attaquer à Duke Nukem II, deux ans plus tard, en 1993.

Le Duke va faire de la résistance. Alors que le jeu vidéo connaît une énorme mutation avec l'arrivée du genre FPS, Duke Nukem II persiste et signe, il restera un jeu de plate-forme. Malgré le fait qu’en face, Wolfenstein 3D est déjà sorti et que le premier DOOM s’apprête à débarquer en trombe quelques jours plus tard. Résultat des courses, cet épisode démontrera à quel point la sauce ne prend plus. Même si le titre d'Apogee Software demeure convaincant, son gameplay fait pâle figure face à ses concurrents.

Cependant, tout n’est pas à jeter. Grâce à cet opus, Duke Nukem s’affirme, sa personnalité se dessinant de plus en plus. Notre héros aux traits très assumés d'Arnold Schwarzenegger va se voir affubler d'un humour décapant et commence à avoir l’art de la punchline. Dès l’introduction, il ouvre le bal avec la phrase « I’m Back » et nous découvrons lors de la première cinématique qu’il est devenu l’auteur d’un livre autobiographique intitulé « Why i’m so great ». Sa mégalomanie est bien présente, les bases de son personnage sont enfin là.

La 3D et le succès planétaire

C’est le 29 janvier 1996 que 3D Realms va frapper un grand coup ! Exit l’univers en 2D des deux premiers épisodes et bonjour à la 3D. DOOM a été un véritable raz de marée à sa sortie, trois ans plus tôt. Il fut un succès aussi bien critique que commercial et ses concurrents ont tout de suite compris que le futur de leurs licences se trouvait dans ce nouveau genre qu'est le FPS. Les trois papas de Duke l’ont compris aussi. C’est alors que George Broussard, Scott Miller et Todd Replogle se lancent dans la réinvention complète de Duke Nukem pour offrir aux joueurs l’épisode qui s’avérera être un classique du genre, Duke Nukem 3D.

Les équipes de 3D Realms ont cerné une chose, le jeu vidéo n’est plus réservé uniquement aux enfants et un ton plus adulte est permis. Là où DOOM se lâchait dans l’hémoglobine, Duke Nukem devra aller plus loin ! Pour ce faire, ils vont offrir à notre héros des citations cultes, des insultes en tous genres ainsi que des filles en petites tenues. Le tout avec un scénario plus que simpliste qui se résumait au débarquement d’extraterrestres sur notre planète venus ici pour s’emparer des humaines et y découvrir nos clubs de strip-tease. Ses allures de série Z cachaient pourtant un gameplay plus profond et son lot d’ajouts révolutionnaires pour l’époque. Comme le fait de pouvoir diriger son viseur vers le haut ou bien le bas, offrant une plus grande verticalité au monde qui nous entoure. Mais aussi celui de pouvoir effectuer des sauts dans cet univers 3D et y découvrir un level design extrêmement riche.

Au total, Duke Nukem 3D s’écoulera à plus de 3,5 millions de copies à travers le monde. Le studio compte bien offrir un nouvel épisode à la série et d’y décupler les ambitions. Cet épisode, c’est le tristement célèbre Duke Nukem Forever.

L’ombre de lui-même

Le développement de ce nouvel épisode débutera en 1997. Il devait offrir une suite digne de ce nom à Duke Nukem 3D. Pour ce faire, 3D Realms voulait en faire une véritable vitrine technologique. Il sera donc annoncé en 2001 lors de l’E3, nous révélant un jeu plein de promesses. Lors de l’événement, aucune date de sortie n’a été dévoilée. Les développeurs se contenteront d’un simple « When it’s done », ou « Quand il sera prêt ». Une phrase qui pouvait déjà laisser présager que le développement n’en était qu’à ses prémices.

Cette course à la technologie que nous évoquions plus haut a été l’un des facteurs qui a causé la perdition des équipes. Initialement, en 1997, Duke Nukem Forever était développé avec le moteur de Quake II. Mais les équipes n’étaient pas satisfaites. En 1998, elles migreront sur le moteur Unreal Engine. Un choix non sans conséquence, vu qu’il obligera les développeurs à effacer les avancées précédentes et reprendre de zéro le projet.

Vous pensiez que cette mésaventure avait convaincu l’entreprise 3D Realms que c’était une mauvaise idée ? Hélas non. En 2002, soit une année après l’annonce de l’E3, ils repartent une nouvelle fois du début en choisissant cette fois-ci le moteur Meqon. Ce dernier se voulait plus puissant et offrait plus de possibilités techniques aux équipes. À partir de là, les joueurs ne s’impatientent plus, ils se font une raison. La hype s’étiole peu à peu. Même si les développeurs tentent quelques traits d’humour pour justifier le retard, la situation ne s’arrangera pas.

En 2007, Duke Nukem Forever refait parler de lui avec un nouveau teaser encore très (trop) évasif. Nous le voyons assis, en train de soulever un haltère, dans une pièce obscure. Le tout entrecoupé de quelques images de gameplay durant une fraction de seconde. Devinez quoi ? Entre-temps, il a de nouveau changé de moteur, le voici désormais sur l’Unreal Engine 2.


 Nous pourrions croire que le bout du tunnel n’est plus très loin, mais non. Que voulez-vous, n’est pas l’une des plus grandes arlésiennes du jeu vidéo qui veut. L’année 2009 va être marquée par une triste annonce. Celle de la liquidation judiciaire de 3D Realms. Pour sauver le projet coûte que coûte, Gearbox Software Interactive récupérera le jeu. À partir d’août 2010, Duke Nukem Forever change donc de studio de développement. Hors de question que cela traîne autant dans sa nouvelle maison. Cette fois-ci, ça sera la bonne. Les équipes travailleront d’arrache-pied pour offrir une issue positive à cette création chaotique. Seulement une année plus tard, en 2011, Duke Nukem Forever paraîtra sur PC, Xbox 360 et PlayStation 3.

Le grand silence

À sa sortie, Duke Nukem Forever ne convaincra ni la critique, ni les joueurs. Le jeu s’avère daté, toutes les idées se voulant révolutionnaires plus d’une décennie auparavant vont être désuètes et l’humour de Duke ne prend plus. S’il fut drôle et désinvolte dans les années 90, il devint à la sortie de cet épisode le cliché de l’oncle beauf en réunion de famille. Il laissera derrière lui une licence qui a su marquer le monde du jeu vidéo à son apogée mais qui n’a pas su se renouveler. Depuis, Duke Nukem prend une retraite bien méritée loin des consoles. Peut-être reviendra-t-il un jour ? Peut-être pas.

Nous vous invitons tout de même à découvrir ou redécouvrir Duke Nukem 3D qui nous permet de savourer le meilleur qu’a eu à nous offrir la série.