Medal of Honor : un classique du FPS qui n’a pas su survivre
, par Quentin
Aujourd'hui, nous allons revisiter un classique du genre FPS. Certains joueurs doivent sûrement se souvenir de la concurrence qui régnait entre les deux géants du jeu vidéo… Nous faisons bien sûr référence à Medal of Honor et Call of Duty. En 2023, cette comparaison peut faire sourire, étant donné que l'un des deux a (presque) totalement disparu des radars. Pendant longtemps, Medal of Honor représentait une série à abattre, et même si bon nombre ont tenté le coup, peu ont réussi. Du moins, c'était le cas jusqu'à ce que Call of Duty enchaîne les jeux à succès, allant jusqu'à envoyer Medal of Honor aux oubliettes.
Les débuts de Medal of Honor
C’est en 1999 qu’Electronic Arts décide de lancer une toute nouvelle licence portant sur la guerre avec une approche bien à elle. L’idée est de faire une œuvre digne des ambiances des plus gros blockbusters. Un jeu outrageusement scripté, certes, mais qui mise avant tout sur le spectaculaire. Bien loin d'être réaliste, Medal of Honor table plutôt sur des séquences jubilatoires et dynamiques.
Le premier épisode, s’appelant sobrement Medal of Honor, va être un carton. Même s'il est toujours extrêmement difficile d’avoir accès aux chiffres exacts, l’éditeur semble ravi de ce succès. Nous allons tout de même apprendre que 200.000 exemplaires se sont écoulés rien qu'au Royaume-Uni. Nul doute qu’à l’échelle mondiale, ce Medal of Honor s'est vendu comme des petits pains.
Seulement une année plus tard, c’est au tour de Medal of Honor : Resistance de débarquer. Il a la lourde tâche de faire mieux que son prédécesseur et va y parvenir très aisément. Il est rapidement acclamé par la critique et le succès commercial est au rendez-vous. Il peaufine son gameplay et vient régler les petites choses qui pouvaient ne pas aller dans le premier épisode. Désormais, l’industrie vidéoludique a en son sein une licence forte désireuse de s'installer sur la durée. Puis, de cet élan productif vont naître en 2002 deux autres opus. Nous allons tout d’abord avoir Medal of Honor : Débarquement Allié en début d’année, puis Medal of Honor : En Première Ligne quelques mois plus tard. Un rythme frénétique qui, fort heureusement, n’impactera pas la qualité intrinsèque des deux nouveaux jeux. Malgré tout, il semblerait qu’Electronic Arts veuille mettre les bouchées doubles pour capitaliser au maximum sur sa saga.
2003, le point de rupture
Vous vous en doutez, à un rythme aussi effréné ce n’était qu’une question de temps avant que l’impact sur la qualité des jeux ne se ressente. C’est en 2003 que va paraître Medal of Honor : Soleil Levant et cette fois-ci, la réception critique n’est plus aussi dithyrambique. Par exemple, Metacritic lui attribut le score de 68/100. Un score terriblement mitigé et surtout bien loin des précédentes production dépassant les 80, voir les 90/100.
C’est une situation déjà peu agréable, mais Electronic Arts va se voir asséner un nouveau coup et celui-ci va s’avérer extrêmement dévastateur pour l’éditeur. Le même mois va paraître un autre jeu, une toute nouvelle série alors inconnue au bataillon, Call of Duty. Certes, elle n’est pas encore connue du grand public mais Electronic Arts, lui, connaît bien les développeurs derrière ce titre.
Et oui, il s’agit du studio 2015, Inc. Une firme ayant travaillé sur Medal of Honor : Débarquement Allié avant de se voir remerciée par l’éditeur au profit d’EA Los Angeles, qui s’occupera alors de Medal of Honor : Soleil Levant à leur place.
À l'époque, cette annonce était remontée jusqu’aux oreilles d’Activision. Le concurrent direct d'EA récupère une partie des employés de 215, Inc et c’est avec eux qu’il va créer le premier épisode de Call of Duty via un nouveau studio que vous connaissez tous, Infinity Ward. D’ailleurs, les développeurs veulent tellement détrôner leur rival qu’ils donneront comme nom de code au projet : « Medal of Honor Killer ». Voilà qui annonce la couleur.
C’est alors qu’une véritable guerre entre les deux licences va naître. Call of Duty premier du nom va se vendre à plus de 5,9 millions d’exemplaires dans le monde. Electronic Arts sait que désormais, il a un concurrent de taille.
La guerre bat son plein
Malheureusement, l'avenir de Medal of Honor va déboucher sur de nouveaux épisodes acceptables, mais loin de la transcendance de ses débuts. Les jeux Medal of Honor : Batailles du Pacifique et Medal of Honor : Les Faucons de Guerre n'affichant pas le même niveau de maîtrise que leurs grands frères. Les jeux sont linéaires à souhait et l’IA à la ramasse est souvent pointée du doigt.
De son côté, Call of Duty 2 va sortir en 2005 et absolument tout ravager sur son passage. Plus de 6 millions d’exemplaires écoulés et surtout un succès critique unanime. Même si Medal of Honor jouit d’une renommée certaine, acquise avec les années, Call of Duty s’apprête à le dépasser sur tous les points.
La guerre est définitivement gagnée par Activision en 2007. L’entreprise va donner le coup de grâce aux concurrents en lançant Call of Duty 4 : Modern Warfare. Cet opus est pour beaucoup, encore aujourd'hui, un des meilleurs de la licence. À sa sortie, c’est un raz de marée. Plus de 18 millions d’exemplaires sont vendus. Les joueurs et la presse sont absolument abasourdis par ce qui vient d’arriver. L’épisode est techniquement impressionnant, avec son action grand spectacle. Ajoutons à cela un multijoueur extrêmement riche, complet et vous obtenez un succès planétaire.
De son côté, Medal of Honor commence vraiment à faire pâle figure, complètement dépassé sur le plan graphique et dans son gameplay. Encore une fois, il va obtenir des notes extrêmement moyennes. Electronic Arts prend donc la décision de ralentir la cadence. L'éditeur ne peut plus lutter ainsi et doit ainsi prendre le recul nécessaire pour renouveler sa franchise.
Le baroud d’honneur
En 2010, la licence tente de revenir. Elle a toujours un public fidèle qui souhaite désespérément un retour en force, mais la majorité a migré chez la concurrence. Electronic Arts a pris le temps de revoir ce qu’il pensait nécessaire et lance un nouveau jeu sobrement intitulé Medal of Honor.
Et encore une fois, cela ne fonctionne pas. Faire du neuf avec du vieux commence à être difficile. Piochant des idées ici et là, il ne réinvente strictement rien. Même si un multijoueur est directement incorporé, il est bien trop faiblard face à son rival. C’est donc une nouvelle douche froide pour l’éditeur, qui ne vendra que 5 millions d’exemplaires.
Persévérant, il revient toutefois en 2012. Cette fois-ci, c’est avec Medal of Honor : Warfighter. Même son de cloche de la part des professionnels du milieu. C’est tout juste moyen. Le mode solo est extrêmement court avec moins de cinq heures de durée de vie et son multi n’apporte strictement rien. Il sort en plus de cela dans un état déplorable avec un lot de bugs ahurissant.
C’est la goutte de trop pour la série. Elle n’y arrive plus et surtout, elle est totalement abandonnée par les joueurs. Ces derniers préféreront les productions d’Activision qui de son côté propose une multijoueur complet et marquant. Il est temps de l'admettre, Medal of Honor ne fait plus le poids face à Call Of Duty ou bien Battlefield. C’est ainsi que s’achève une ère...
Pourquoi une telle chute ?
S’il y a une question qu’on est en droit de se poser, c’est pourquoi ? Pourquoi une telle descente aux enfers, quelles sont les explications ? D’après nous, il y a plusieurs pistes de réflexion.
Tout d’abord, le rythme de production. Enchaîner autant d’épisodes à la chaîne peut être terriblement complexe. De plus, nous pouvons aussi mettre en avant le manque cruel de renouvellement et d’imagination. Se contenter de recycler n’est jamais payant.
Les fans ont aussi pu être lassés par l'époque historique constamment dépeinte dans Medal of Honor. En effet, la seconde guerre mondiale représente la quasi-totalité de la licence. Une période il est vrai, intéressante, mais qui démontre ses limites.
Pour finir, continuer à miser autant sur une expérience solo, là où les concurrents ont cerné les avantages et l’attrait des joueurs pour le multi, s'est avéré fatal.
Nous ne savons toujours pas si cette licence finira par retrouver son éclat d’antan… N’hésitez cependant pas à jeter votre dévolu sur les premiers titres de la saga. Si les vieux jeux ne vous effraient pas, bien évidemment.