Beyond Good & Evil 2 : L’histoire de cette arlésienne du jeu vidéo (partie 1)

, par Quentin

Beyond Good & Evil 2 : L’histoire de cette arlésienne du jeu vidéo (partie 1)

Jusqu'à présent, Duke Nukem Forever avait obtenu un titre très peu flatteur : celui de la plus grande arlésienne du jeu vidéo. Mais une autre création l'a détrônée depuis quelques mois. Nous parlons bien entendu, de Beyond Good & Evil II, un titre français provenant de la ville de Montpellier, chez Ubisoft. Son papa, vous le connaissez très certainement, car il s'agit de Michel Ancel, créateur de Rayman. Voilà plus de 14 ans que cette suite est attendue ; les espoirs se fragilisent chez beaucoup de joueurs, et ce, depuis quelques années. Aujourd'hui, nous allons retracer ce développement infernal et tenter d'y voir plus clair. Mais tout d'abord, commençons par le commencement.

Beyond Good & Evil, récit d’une œuvre marquante

Avant de nous focaliser sur sa suite, il est important de revenir sur l'œuvre originale : le tout premier épisode paru en décembre 2003 sur PC, Playstation 2, Gamecube et Xbox.

Nous découvrions alors les aventures de Jade, journaliste indépendante, qui va voir sa vie bousculée. La cause ? Une attaque Dom’z, des monstres extraterrestres venant s'en prendre aux humains dans la ville d'Hillys. Pour lutter contre ces attaques à répétition, les habitants pensent pouvoir compter sur les Sections Alpha, une armée à la pointe de la technologie. Malheureusement, le destin de notre héroïne va basculer quand elle va faire la rencontre d’un groupe de résistants, le réseau I.R.I.S. Ce dernier va révéler à Jade la réalité derrière tout ça, et notre journaliste intrépide va alors partir en guerre contre les extraterrestres et ce corps militaire totalement corrompu.

L’histoire était extrêmement bien écrite et ficelée. Les propos de fond et la seconde lecture du titre étaient très adultes. Le tout était édulcoré par un univers enchanteur avec des animaux anthropomorphes. Cette direction artistique, accompagnée par les compositions magistrales de Christophe Héral, a fait de ce jeu un véritable classique de l’action-aventure.

Malgré son accueil critique extrêmement positif ainsi qu’une très bonne réception auprès des joueurs ayant pu mettre la main dessus à l’époque, il n’a pas eu un succès commercial à la hauteur des espérances de l'éditeur.

La force du titre d’Ubisoft Montpellier résidait dans la diversité de gameplay qu’il proposait. Vous aviez des phases de combat, mais aussi d’exploration. Des mini-jeux, des courses de hovercraft, de l’infiltration, de la photographie et bien d’autres choses à y découvrir. Même si vous terminiez l’aventure très rapidement, entre 10 et 12 heures, l’expérience se montrait aussi riche qu'intense.

Michel Ancel débordait d’ambition, peut-être même un peu trop... À tel point qu’initialement, il prévoyait d’en faire une trilogie pour pouvoir aller au bout de ses idées. Lors de la sortie du premier opus, Ancel annonçait déjà la couleur quand les joueurs demandaient si cette première épopée aurait une suite :

« Oui, avec des séquences d'aventure en multijoueur, de la création de personnages, des dizaines de véhicules et des mondes encore plus variés. Mais il faudra obligatoirement avoir fini le 1 avant de pouvoir commencer une partie du 2. » Voilà des promesses qui donnent le ton !

Beyond Good & Evil II : Le premier projet

Pendant plusieurs années, Michel Ancel n’aura pas le temps de se pencher sur la suite des aventures de Jade. Très rapidement après la sortie de l’épisode initial, il commença à travailler sur l’adaptation du film King Kong de Peter Jackson, une adaptation voulue par le réalisateur lui-même. Il a découvert Beyond Good & Evil avec son fils à sa sortie et a adoré. Cette rencontre entre les deux hommes, c’est Michel Ancel qui en parle le mieux lors d’une interview en 2005 sur jeuxactu :

« C’était en janvier 2004, à Los Angeles, je devais rencontrer Peter Jackson afin que de discuter de l’adaptation de son futur film King Kong. J’étais tremblant, jusqu’au moment où j’ai vu débarquer Peter à l’hôtel, pieds nus et une version de Beyond Good & Evil dans les mains ! Il avait adoré le jeu. Il me l’a tendu, et m’a demandé de lui dédicacer. La situation était tellement surréaliste pour moi que l’atmosphère s’est tout de suite détendue… »

Après le jeu King Kong, c’est sur Rayman 4 que les équipes d’Ubisoft Montpellier se pencheront. Un jeu qui mutera au cours de son développement pour devenir l’épisode que vous connaissez tous : Rayman contre les Lapins Crétins.

Il faudra attendre l’année 2008 pour découvrir la toute première annonce officielle au sujet de Beyond Good & Evil II. C’est donc le 28 mai de cette année qu’un premier trailer est diffusé lors de l’événement des Ubidays. Nous y voyons Jade et Pey’j de retour, en panne dans un désert. La vidéo reste courte et surtout entièrement réalisée en images de synthèse. Cette note d’intention vise à dire aux joueurs « oui, le jeu existe bien ».

C’est seulement une année plus tard, en 2009, que le jeu refera parler de lui avec un nouveau trailer que le site Kotaku fera fuiter. Nous y découvrons Jade poursuivie par les autorités dans une séquence survitaminée. Au revoir le monde maritime du premier opus, bonjour les terres se rapprochant de l’Inde. La direction artistique se montre beaucoup plus mature que le premier titre.

Après cette précipitation dans l’actualité de Beyond Good & Evil II, nous pourrions croire que c’était de bon augure pour le projet. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Le développement se met alors à stagner et passe même en second plan. Michel Ancel et ses équipes étant partis sur le développement de Rayman Origins.

En 2011, Michel Ancel dévoilera que même si le projet fut mis en suspens lors du développement de Rayman Origins, il était tout de même à un stade très avancé. Il terminera en disant que dès la sortie du nouveau Rayman, il repartirait sur le projet. Cependant, il donne d’autres informations un peu moins réjouissantes. Nous y apprenons que le jeu a subi d’énormes difficultés et que les consoles de l’époque ne lui permettent pas de tourner à la hauteur de ses ambitions, devant d’ailleurs revoir ces dernières à la baisse. Il confirme en fin d’interview qu’il faudra attendre la prochaine génération de consoles pour pouvoir sortir le jeu.

2012, rebelote. C’est désormais au tour de Rayman Legends de monopoliser le temps nécessaire au développement de notre suite tant attendue. Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, prendra d’ailleurs la parole pour rassurer les joueurs et la presse spécialisée : « C’est vraiment un jeu sur lequel nous travaillons, sur lequel nous avons travaillé, et que nous avons envie de faire. Mais pour le moment, Michel est vraiment occupé par Rayman Legends, ce qui ralentit l’avancement de son développement. »

Il faudra attendre 2014 pour apprendre de nouvelles informations, et elles sont assez mitigées. Michel Ancel fonde son propre studio de développement, Wild Sheep Studio, avec lequel il développe le jeu WiLD. Il confirme tout de même rester chez Ubisoft Montpellier pour continuer à travailler sur Beyond Good & Evil II. Il jonglera ainsi entre les deux maisons. Ubisoft le matin, Wild Sheep l’après-midi.

Nous découvrirons dans quelques jours la suite de ce développement chaotique. Cette chronique se découpera donc en deux parties. Nous retracerons son histoire depuis sa création à aujourd’hui.

Source : bgemyth.net

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