Test de Assassin's Creed Shadows : un soleil levant pour la licence ?
, par Enzo
Attendu au tournant après une communication omniprésente et un prédécesseur qui a autant plu que découragé de par sa longueur, Assassin’s Creed Shadows est finalement sorti en 2025, offrant aux fans l’occasion de déposer les valises au Japon féodal. Ubisoft Québec tente ici de ne pas simplement transposer sa formule habituelle dans un nouvel environnement, mais de proposer quelque chose d’un peu différent. En proposant deux protagonistes aux styles radicalement différents, un monde ouvert soumis au cycle des saisons et une approche davantage tournée vers l’observation et l’infiltration, cet épisode cherche à donner un nouveau souffle à une série qui en avait besoin. Pari réussi ?
Un Japon féodal particulièrement convaincant
Dès les premiers instants, il est difficile de ne pas être séduit par Assassin’s Creed Shadows, c’est même honnêtement l’une de ses plus grandes forces : il est splendide. On est entraîné dans le Japon de la fin du XVIᵉ siècle, en pleine période Sengoku, alors que le pays traverse une période de profonds bouleversements politiques et militaires. De Kyoto aux villages ruraux, en passant par les châteaux, les ports, les forêts et les sanctuaires, Ubisoft propose un monde ouvert particulièrement varié.
Mais c’est surtout son ambiance qui impressionne. Les paysages profitent d’une direction artistique magnifique, avec des panoramas qui alternent entre montagnes brumeuses, champs de fleurs, forêts luxuriantes et imposantes forteresses. Le cycle des saisons apporte également une véritable identité au monde : les mêmes lieux évoluent progressivement, passant d'un environnement verdoyant à des paysages enneigés ou aux couleurs flamboyantes de l’automne.
Certains éléments du décor évoluent également, comme la végétation ou les plans d’eau. Par ailleurs, le système de météo dynamique est particulièrement bien réalisé, et les périodes de pluie et de tempêtes sont profondément immersives. Rien que la séquence d’introduction du jeu est une claque sur cet aspect. Avec un tel plaisir visuel et même auditif, l’exploration devient rapidement l’un des principaux plaisirs du jeu. On se surprend régulièrement à quitter son objectif pour aller observer un temple au loin, traverser une forêt ou découvrir un nouveau village.
Naoe et Yasuke : deux visions d’Assassin’s Creed
La grande particularité d'Assassin’s Creed Shadows repose évidemment sur ses deux protagonistes. Naoe est une shinobi originaire de la province d’Iga, tandis que Yasuke est un samouraï inspiré d’un personnage historique ayant réellement vécu au Japon au XVIᵉ siècle. Toute polémique mise de côté, cette dualité n’est pas qu’un revers esthétique, les deux héros proposent ici des expériences véritablement différentes.
Naoe représente ce que l’on attend traditionnellement d’un assassin. Agile, discrète et particulièrement vulnérable en combat frontal, elle dispose d’un impressionnant arsenal dédié à l’infiltration. Kunai, shuriken, bombes fumigènes, grappin ou encore lame secrète permettent de s’infiltrer dans les bases ennemies et d’éliminer les adversaires sans être repéré. C’est avec elle que Shadows révèle véritablement son potentiel. Les infiltrations sont plus organiques et demandent parfois de prendre le temps d’observer les lieux avant d’agir. Éteindre une torche pour plonger une zone dans l’obscurité, attendre qu’un garde s’éloigne ou profiter d’une météo favorable donne parfois lieu à de véritables petits moments de satisfaction.
Yasuke adopte à l’inverse une approche beaucoup plus directe. Armé de son katana, de son kanabō, de sa naginata ou encore de son arc, il est capable d’encaisser davantage et surtout d’infliger des dégâts considérables. Le contraste fonctionne particulièrement bien. Il peut littéralement entrer dans une cour (en défonçant la porte, évidemment) et affronter plusieurs adversaires simultanément, sans devoir trop anticiper une fuite. Elle est de toute façon peu évidente dès l’instant où l’on cherche à faire quitter le sol à ce colosse. Le système de combat gagne alors en importance, avec des parades, esquives, contres et attaques puissantes qui rendent les affrontements beaucoup plus nerveux que dans certains précédents épisodes.
Système de combat bien plus marqué
Le système de combat constitue probablement l’une des évolutions notables proposées par cet épisode. Les coups disposent d’un véritable impact et les différentes armes ne se contentent pas de modifier les statistiques du personnage : elles changent réellement la manière d’aborder les affrontements.
Yasuke profite évidemment le plus de cette dimension. Son arsenal lui permet d’adapter son style en fonction de la situation, des armes à distance (arc, teppo) aux armes lourdes, nécessitant un bon timing mais offrant des dégâts dévastateurs. Ubisoft a également travaillé sur la destruction des armures et sur la posture des adversaires, donnant davantage de profondeur aux combats.
Naoe n’est cependant pas totalement démunie lorsqu’elle est repérée. Sa kusarigama lui permet notamment de contrôler plusieurs ennemis et son agilité lui offre des possibilités intéressantes pour se repositionner, comme un saut périlleux par-dessus l’ennemi.
Tout n’est néanmoins pas parfait. Certaines animations peuvent manquer de fluidité, notamment lorsque plusieurs ennemis sont présents simultanément. Le système conserve également quelques petites lourdeurs héritées des précédents épisodes : les hitbox ne sont évidemment pas parfaites, parfois les coups traversent un peu quelques ennemis… En soi, rien qui ne gâche l’expérience, mais suffisamment pour rappeler que Shadows reste malgré tout un Assassin’s Creed.
Exploration et parcours repensés
Autre changement appréciable : Ubisoft a légèrement revu la manière dont le joueur découvre son environnement. Plutôt que de simplement remplir la carte d’icônes, Shadows encourage davantage l’observation et la collecte d’informations. Les joueurs peuvent d’ailleurs développer un réseau d’espions permettant d’obtenir des renseignements sur leurs prochaines cibles et de faciliter certaines recherches.
Cette approche apporte un rythme plus naturel à l’aventure. On passe moins de temps à suivre mécaniquement une succession de marqueurs et plus à observer le monde pour comprendre où se trouve réellement l’objectif.
Du côté du parcours, on note une certaine amélioration, mais la communauté n’a pas manqué de relever que certains anciens opus, qui datent parfois de 10 ans, offraient une expérience meilleure. Plusieurs mises à jour sont venues apporter un lot de nouveautés et de renforts des mécaniques et animations existantes.
Une narration à deux étages, mais toujours pas au top
Sur le plan narratif, Assassin’s Creed Shadows bénéficie surtout de ses deux héros. Naoe et Yasuke possèdent des personnalités, des motivations et des parcours suffisamment différents pour rendre leur association intéressante. L’histoire de Naoe repose notamment sur la vengeance, la perte et la nécessité de dépasser progressivement ce traumatisme. Yasuke, de son côté, possède un parcours particulièrement singulier, davantage basé sur la loyauté d’un samouraï, et permet d’explorer une autre facette du Japon de cette époque.
Cette dualité fonctionne particulièrement bien lorsqu’elle permet aux deux personnages de confronter leurs visions du monde, et offre au joueur la possibilité de faire des choix. Leur relation constitue progressivement l’un des moteurs de l’aventure et offre quelques-uns des meilleurs moments de la campagne à notre sens. En revanche, le scénario principal connaît quelques baisses de rythme. Certains passages manquent d’intensité et la structure générale peut donner l’impression de s’étirer inutilement. À juste titre, plusieurs critiques ont d’ailleurs souligné que les histoires individuelles des deux protagonistes pouvaient se révéler plus intéressantes que l’intrigue centrale.
Repaire : fausse bonne idée ?
Parmi les nouveautés, le repaire constitue probablement l’une des plus surprenantes. Le joueur dispose d’un véritable quartier général à développer, améliorer et personnaliser. Il est possible d’y construire différents bâtiments permettant notamment de débloquer des fonctionnalités supplémentaires et d’améliorer les ressources disponibles. On retrouve petit à petit ses alliés, on améliore ses infrastructures et on peut même décorer les lieux. Cet aspect renforce l’intérêt des espions qui participent aussi au vol et aux ressources détournées des camps ennemis, pour financer les constructions.
Cependant, ce système peine parfois à justifier pleinement sa présence. L’idée est intéressante sur le papier et donne une dimension plus personnelle à l’aventure, bien qu’une partie de la communauté semble s’être contentée du minimum syndical. Une fois passé le plaisir de la découverte, le repaire devient surtout un outil de progression assez optionnel plutôt qu’un véritable lieu de vie. Il accompagne l’aventure sans parvenir à devenir une mécanique réellement incontournable, notamment à cause des soucis de performances qui l’ont accompagné dans les mois suivant la sortie.
Technique et points d’améliorations
Malgré ses nombreuses nouveautés, Assassin’s Creed Shadows demeure un Assassin’s Creed dans l’âme. Cette continuité peut être considérée comme une qualité ou comme une faiblesse selon les attentes. Ceux qui apprécient la formule moderne retrouveront rapidement leurs marques. À l’inverse, les joueurs espérant une véritable rupture risquent de rester sur leur faim.
Du côté des améliorations, on aurait aimé davantage d’efforts sur les animations faciales, en particulier lors des cinématiques. Yasuke semble régulièrement très réussi à côté de Naoe. Si le scénario principal n’est pas ennuyant, il n’est pas non plus très stimulant : la quantité de cibles à abattre devient presque délirante, le tableau d'objectifs peut vite donner le tournis. Au bout de quelques dizaines d’heures, on peine à se souvenir des visages que l’on a assassinés (alors qu’ils sont dans le tableau).
Si les environnements, l’ambiance et la météo sont magnifiques, un défaut inattendu se cache : certaines zones de végétation sont tellement denses qu’elles sont complexes à traverser. On se cogne constamment, on se coince dans des endroits compliqués, alors que des fois on s’est retrouvé dedans sans même le vouloir, avec un mauvais coup de joystick. Cet aspect peut paraître anodin, mais ceux qui, comme nous, se sont souvent retrouvés bloqués s’en rappelleront. Pour ceux qui aiment parcourir les cartes à 100% dans les jeux, bon courage ici !
Extension : Traque sur Awaji
Sortie 6 mois après le lancement du jeu, Traque sur Awaji constitue la principale extension d’Assassin’s Creed Shadows, avec une aventure de plus de dix heures prenant place sur l’île d’Awaji, dans la baie d’Osaka. Offerte à tous les joueurs ayant précommandé le titre, elle est vendue séparément au prix de 24,99 € pour les autres. Elle ajoute une nouvelle zone ouverte, de nouveaux ennemis, plusieurs boss, ainsi que de l’équipement inédit, notamment les bō légendaires de Naoe, et les nouvelles compétences et tenues peuvent ensuite être réutilisées dans le jeu principal.
Au final, cette extension reste surtout une continuité de Shadows, sans jamais réellement chercher à bouleverser la formule : on y ressent plus une mise à jour sympathique qu’une réelle extension. Sa mission d’introduction fait pourtant bonne impression, avec notamment un sympathique défilement horizontal et une narration captivante. Les retrouvailles avec la mère de Naoe et une alternance bien pensée entre les deux personnages laissent apercevoir quelque chose d’intéressant, mais qui ne se concrétisera pas réellement. Comme le reste de l’aventure, on y passe des moments agréables, même si l’ensemble reste finalement assez classique et ne provoque jamais véritablement l’effet « wow » que l’on pourrait attendre d’une extension de cette ampleur, et vendue à ce prix.
La bonne surprise vient plutôt du combat de boss, fascinant par sa mise en scène et surtout beaucoup demandant une nette concentration, comparé aux affrontements habituels du jeu. La nouvelle arme de Naoe offre également un gameplay assez appréciable, nous ne l’aurons pas quittée de toute la durée de l’extension. Une expérience plaisante et cohérente avec le titre original, donc, mais qui ressemble davantage à un chapitre supplémentaire de Shadows qu’à une véritable proposition annexe.
Testé sur PS5. Consultez notre politique de notation ici.
7.5/10
Assassin’s Creed Shadows n’est pas la révolution ni la réinvention que certains pouvaient espérer pour la franchise, mais il constitue certainement l’un des épisodes les plus aboutis de la période RPG de la saga. Le Japon féodal est magnifique, l’alternance entre Naoe et Yasuke fonctionne plutôt bien et la furtivité retrouve une place centrale grâce à des mécaniques plus poussées. Les combats sont également plus satisfaisants, le cycle des saisons et la météo dynamique donnent au monde une identité visuelle exceptionnelle.
Quelques défauts viennent toutefois ternir le tableau : une structure encore parfois trop répétitive, une intrigue principale inégale et quelques imperfections techniques ou animations encore perfectibles. Mais lorsque Shadows nous laisse infiltrer un château plongé dans l’obscurité avec Naoe ou enfoncer une porte avec Yasuke avant de dégainer son katana en 1 contre 5, il rappelle que la licence peut continuer de plaire. Il lui offre enfin un terrain de jeu qui semble bien correspondre à son ADN. Et après plusieurs épisodes trop similaires, cette simple sensation de retrouver le plaisir de l’infiltration suffit à faire de cette aventure japonaise une étape particulièrement convaincante pour la franchise.
- + Dualité de personnages intéressante, même si pas toujours bien réalisée
- + Ambiance et environnements excellents
- + Superbe météo dynamique
- + Beaucoup de contenu comme toujours (presque trop)
- - Objectifs secondaires vite lassants
- - Techniquement faible sur quelques aspects
- - Végétation dense et gênante par endroits


















