Resident Evil : les jeux et le contenu enterrés de la saga
, par Enzo
Resident Evil est une série célèbre, mais son histoire cachée est presque aussi passionnante que ses épisodes principaux. Depuis plus de trente ans, la série de Capcom s'est imposée comme l'une des licences les plus importantes de l'histoire du jeu vidéo. Pourtant, derrière ces monuments du monde vidéoludique se cache une autre histoire, bien moins connue : celle des prototypes abandonnés, des spin-off tombés dans l'oubli, des projets annulés, des expérimentations ratées et des personnages que l'éditeur a laissés derrière lui. Et parfois, ce sont justement ces échecs qui ont permis les plus grandes réussites. Si la saga est toujours aussi populaire aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elle n'a jamais cessé de tester de nouvelles idées, quitte à se tromper. Faisons ensemble une plongée dans les contrées mystérieuses que cachent Resident Evil.
► Les jeux qui n'ont jamais existé
Débutons notre périple par l’un des “jeux” les plus populaires, Resident Evil 1.5, dit “le jeu fantôme”. Ce nom désigne le premier prototype de Resident Evil 2, développé après le succès du premier opus. À quelques mois de sa sortie, Capcom estime pourtant que le jeu manque de personnalité et prend une décision rarissime : près de 75 % du projet est abandonné pour repartir quasiment de zéro.
Cette première version possédait déjà Leon S. Kennedy, mais Claire Redfield n'existait pas encore. Elle était remplacée par Elza Walker, une jeune motarde qui ne possédait aucun lien avec Chris Redfield. Le commissariat affichait un style plus moderne, les énigmes étaient moins nombreuses et plusieurs monstres n'ont jamais dépassé ce stade de développement.
Pendant plus de vingt ans, Resident Evil 1.5 est devenu une véritable légende urbaine. Les rares captures publiées dans les magazines faisaient rêver les fans, tandis que des passionnés tentaient de reconstituer cette version à partir de prototypes inachevés. Ironiquement, ce jeu jamais terminé est devenu l'un des plus célèbres de toute la licence.
Poursuivons avec l’incontournable Resident Evil 4 et ses quatre vies. S'il existe un développement encore plus mouvementé, c'est bien celui-ci. Avant le chef-d'œuvre que nous connaissons, Capcom a imaginé plusieurs jeux complètement différents.
Une première version mettait en scène Leon dans un immense château gothique où évoluaient des créatures surnaturelles. Une autre introduisait un mystérieux brouillard vivant capable de posséder les ennemis. Une troisième poussait l'action tellement loin qu'elle ne ressemblait déjà plus vraiment à Resident Evil. Cette dernière donnera naissance à Devil May Cry. Plutôt que d'abandonner toutes ces idées, Capcom décide de les recycler dans une nouvelle licence. Sans les multiples échecs de Resident Evil 4, Dante n'aurait peut-être jamais vu le jour.
Le réel résultat final, appelé Resident Evil 4 et publié en 2005, est souvent considéré comme l'un des meilleurs jeux vidéo de tous les temps : sa caméra embarquée, l’action et l’ambiance unique du titre le feront briller dans le monde. Comme quoi, plusieurs faux départs peuvent parfois mener à une véritable révolution.
► Les expériences oubliées
Sorti exclusivement sur Game Boy Color en 2001, Resident Evil Gaiden est l'une des curiosités les plus étonnantes de la série. Le jeu mélange une exploration vue de dessus avec des combats se déroulant dans une fenêtre en vue subjective où le joueur doit viser au bon moment. Une mécanique inhabituelle qui divisait déjà les critiques à l'époque.
Son scénario, qui suit Leon Kennedy sur un paquebot infesté de créatures biologiques, a longtemps semé le doute quant à sa place dans la chronologie officielle. Aujourd'hui, Capcom préfère simplement l'ignorer. Pourtant, malgré ses limites techniques évidentes, Gaiden témoigne de la volonté du studio de rendre Resident Evil accessible sur pratiquement toutes les machines disponibles.
Place désormais au contenu FPS. Lorsque Resident Evil 7 est sorti en 2017, beaucoup ont cru que Capcom expérimentait la vue à la première personne pour la première fois. En réalité, le studio avait déjà tenté l'expérience près de vingt ans auparavant.
Resident Evil Survivor (2000), Survivor 2 (2002) puis Dead Aim (2003) proposaient déjà une vue FPS bien avant Ethan Winters. Les limitations techniques de la PlayStation 1 et 2 empêchaient toutefois ces épisodes d'atteindre leurs ambitions. Les animations rigides, les décors simplifiés et les sensations de tir assez approximatives leur ont rapidement valu une réputation mitigée.
Avec le recul, ils apparaissent pourtant comme des laboratoires. Ils prouvent que Capcom réfléchissait depuis longtemps à une autre manière de faire vivre l'horreur au joueur.
► Le jeu arrivé 10 ans trop tôt : Outbreak
Il est difficile de ne pas ressentir une certaine frustration lorsqu'on rejoue aujourd'hui à Resident Evil Outbreak. Sortis en 2004 et 2005 sur PlayStation 2, Outbreak et sa suite proposaient déjà une coopération en ligne dans une Raccoon City en pleine apocalypse. Les joueurs y incarnaient de simples citoyens, chacun doté de compétences particulières, qui devaient collaborer pour survivre au cœur de la catastrophe de Raccoon City.
Le problème venait surtout de son époque. En 2004, le jeu en ligne sur console restait marginal. Les connexions haut débit étaient rares, et les serveurs limités. L’achat d’un adaptateur externe était même requis pour certaines PS2. Aujourd'hui, à l'heure des jeux coopératifs permanents, Outbreak est souvent considéré comme l'un des concepts les plus visionnaires de toute la saga, et beaucoup seraient ravis à l’idée de voir un remake.
► Les exclusivités et curiosités japonaises
En Occident, la plupart des joueurs connaissent uniquement les épisodes principaux et quelques spin-off. Au Japon, l'histoire est bien différente. Capcom a multiplié les jeux destinés aux téléphones mobiles de l'époque, comme Biohazard Mobile, Biohazard Clan Master ou Biohazard Confidential Report. D'autres productions, développées pour des plateformes très spécifiques, n'ont jamais quitté l'archipel.
Ces titres sont aujourd'hui presque impossibles à trouver légalement. Beaucoup n'existent plus que grâce aux archives de collectionneurs et aux vidéos publiées sur Internet. Ils rappellent surtout que Resident Evil a toujours été une franchise bien plus vaste que ce que nous avons connu en Europe.
► Quand Resident Evil veut devenir un shooter
Au début des années 2010, le marché est en partie dominé par les jeux de tir en coopération. Capcom tente alors de suivre cette tendance. Resident Evil Operation Raccoon City transforme la licence en shooter militaire où plusieurs factions s'affrontent au milieu de Raccoon City. Quelques années plus tard, Umbrella Corps et même Resident Evil RE:Verse essayent d'imposer un jeu en ligne compétitif.
Aucun des deux projets ne rencontre le succès espéré, et encore à ce jour, les évaluations sur Steam font mal. Le problème ne venait pas uniquement de leur qualité. Beaucoup de joueurs avaient essentiellement le sentiment que Resident Evil perdait son identité en cherchant à copier les modes du moment.
► Les versions qui méritaient mieux
Tous les épisodes oubliés ne sont pas forcément mauvais. Resident Evil Deadly Silence sur Nintendo DS en est probablement le meilleur exemple. À l’occasion des 10 ans de la franchise, cette adaptation du premier jeu ajoutait des énigmes utilisant l'écran tactile, un mode coopératif local et plusieurs améliorations de confort. Elle demeure encore aujourd'hui l'une des meilleures façons de redécouvrir le Resident Evil original.
Même constat pour Resident Evil Mercenaries 3D sur Nintendo 3DS. Entièrement consacré au célèbre mode Mercenaries, il proposait un gameplay solide ainsi que de la coopération, mais souffrait d'un contenu limité. Très vite, il est tombé dans l'ombre des épisodes principaux.
► Les projets annulés
Tous les projets annulés ne bénéficient pas de la notoriété de Resident Evil 1.5. Resident Evil Portable, a disparu sans laisser de véritable trace après son annonce par Sony à l’E3 2009. D'autres concepts internes, évoqués par plusieurs développeurs au fil des années, n'ont jamais été officiellement dévoilés. On déplore aussi les premiers concepts de Resident Evil Revelations 3 ainsi que l’abandon de certains projets VR.
Comme dans toute grande série, de nombreuses idées meurent avant même que le public n'en entende parler. Mais ces projets invisibles alimentent malgré tout les épisodes suivants. Une mécanique abandonnée aujourd'hui peut très bien devenir la base d'un futur Resident Evil.
► Conclusion
L'histoire de Resident Evil ne se résume finalement pas à ses épisodes cultes. Elle est aussi faite de paris perdus, de prototypes inachevés, de projets annulés et d'expériences qui n'ont pas trouvé leur public. Pourtant, ces jeux oubliés ont tous laissé une empreinte.
Resident Evil 1.5 a permis la création d'un chef-d'œuvre. Les prototypes de Resident Evil 4 ont donné naissance à Devil May Cry. Les Survivor ont préparé le terrain à Resident Evil 7. Outbreak avait compris avant tout le monde le potentiel de la coopération. Même les échecs commerciaux ont appris à Capcom ce que les joueurs attendaient vraiment de leur série favorite.
C'est peut-être là le véritable secret de la longévité de Resident Evil. Contrairement à beaucoup d'autres franchises, elle n'a jamais cessé d'expérimenter. Certaines tentatives ont sombré dans l'oubli, d'autres sont devenues des classiques, mais toutes ont participé, à leur manière, à façonner l'une des plus grandes sagas de l'histoire du jeu vidéo.
Et il y a fort à parier que, quelque part dans les bureaux de Capcom, dorment encore aujourd'hui quelques prototypes qui ne verront jamais le jour… mais dont les idées nourriront peut-être l’un des prochains grands Resident Evil.