Quand l’intelligence artificielle s’immisce peu à peu dans le gaming

, par Quentin

Quand l’intelligence artificielle s’immisce peu à peu dans le gaming

Nous ne vous apprenons absolument rien en vous disant que l’intelligence artificielle est au centre de toutes les attentions depuis de nombreuses années déjà, au cœur de nombreux enjeux. Toutefois, cette révolution technologique suscite aussi beaucoup de questionnements, de craintes et de contestations. Notamment dans un domaine : l’artistique.

Le jeu vidéo appartient pleinement au monde artistique. Même s’il est souvent réduit à un simple média de divertissement, il reste culturel. C’est pourquoi l’utilisation de l’intelligence artificielle fait bondir de nombreux joueurs du monde entier, inquiets d’une métamorphose qui pourrait impacter la créativité et l’imagination dans nos futurs jeux.

Des dérives prévisibles liées à l’intelligence artificielle ?

Ce n’est d’ailleurs plus seulement un fantasme, mais bien un projet affiché publiquement par plusieurs personnalités de poids. Elon Musk, par exemple, a récemment déclaré que son studio xAI serait capable de sortir « un excellent jeu » généré par intelligence artificielle d’ici fin 2026. Il ne vise d’ailleurs pas que ce secteur : il affirme également que son IA baptisée Grok pourra générer un film « au moins regardable » d’ici la fin 2026, et même de « très bons films » en 2027. Des propos à prendre avec précaution, tant le patron de X est habitué aux annonces grandiloquentes.

Malgré tout, il faut savoir que l’intelligence artificielle s’est déjà implantée dans l’industrie du jeu vidéo depuis de nombreux mois. Certaines décisions suscitent de vives critiques, comme celle d’Aspyr sur la compilation Tomb Raider IV - VI Remastered. En France, le studio a remplacé certaines parties du doublage de Françoise Cadol, voix historique de Lara Croft, par de l’IA générative — sans son consentement. Un tollé a immédiatement éclaté sur les réseaux sociaux.

De bonnes idées et des propositions innovantes…

Il existe tout de même des cas plus positifs, notamment du côté de NVIDIA avec sa technologie ACE. Celle-ci permet aux joueurs d’interagir avec les PNJ d’un jeu en temps réel, par la voix, avec des échanges naturels. Lors du CES 2025, PUBG et NVIDIA ont présenté un coéquipier géré par IA capable de parler avec vous, de vous transmettre des infos stratégiques, de partager son loot, de conduire un véhicule ou de se battre, le tout en s’adaptant à la situation.

L’intelligence artificielle est aussi cruciale pour la gestion de technologies propriétaires comme le FSR d’AMD, le DLSS de NVIDIA ou encore le XeSS d’Intel. Aujourd’hui, une grande majorité des studios de développement s’appuie sur l’IA, que ce soit pour générer du code, améliorer l’animation, automatiser les tests QA, ou pour aider sur des postes créatifs.

Une technologie déjà solidement implantée dans l’industrie

Ce glissement, d’abord présenté comme un simple outil d’assistance, pourrait à terme menacer de nombreux emplois. C’est d’ailleurs l’une des premières déclarations fortes faites par le groupe d’investisseurs ayant récemment racheté Electronic Arts pour 55 milliards de dollars. Ils ont affirmé vouloir s’appuyer massivement sur l’intelligence artificielle pour réduire les coûts, augmenter les marges, et absorber plus facilement la dette contractée pour cette acquisition.

Une vision purement industrielle, dans laquelle la rentabilité prime sur la création. L’objectif est de produire plus rapidement, à moindre coût, tout en maximisant la compétitivité. Un pari risqué, notamment sur le plan artistique.

Un récent rapport relayé par Nikkei révèle que 51 % des studios japonais — parmi lesquels Capcom, Konami, Square Enix, FromSoftware ou SEGA — utilisent déjà des IA pour générer images, vidéos, textes ou scripts de code. Les studios occidentaux ne sont pas en reste. La majorité des entreprises en Europe et aux États-Unis ont aussi intégré l’IA dans leur pipeline de production.

Microsoft, de son côté, impose déjà l’utilisation d’outils d’IA aux équipes de King (Candy Crush), aussi bien aux artistes, designers, développeurs qu’aux managers. Un déploiement massif qui touche toutes les branches.

Sur Steam, en 2025, plus de 7 800 jeux disponibles ont utilisé une forme d’IA générative sur les 114 100 titres présents sur la plateforme. Un bond impressionnant par rapport à 2024, où seuls 1 000 titres entraient dans cette catégorie. Une tendance qui ne fait que commencer, et qui devrait s’intensifier dans les années à venir.

Il est donc essentiel que cette technologie soit encadrée et utilisée avec discernement. Car si l’IA a le potentiel de soulager les développeurs, d’améliorer certaines tâches répétitives et d’enrichir les jeux, elle peut aussi devenir une menace pour la créativité, l’emploi et l’identité même du jeu vidéo.